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Le futur
bachelier est un homme stressé. À moins d'être inconscient,
il peut se ronger les ongles jusqu'au sang, grignoter la moquette, envoyer
ses baskets sur le lecteur de CD ou la radio, il est même capable
d'envoyer le chat à l'autre bout de la cuisine d'un shoot bien
ajusté. L'angoisse du baccalauréat, l'estomac noué
à la veille de la première épreuve, l'insomnie, les
angoisses et les doutes. Comment ce jeune homme qui a entre 17 et 21 ans,
d'habitude poli et bien élevé, est-il devenu cet ours mal
léché, désagréable, odieux, persifleur, et
capricieux, qui laisse ses parents abattus ne sachant plus que faire pour
réapprivoiser la bête"? Rien. Il passe son bac.
C'est la première fois que ses parents ne pourront rien pour lui.
Son sort est scellé. Ni son papa, ni sa maman ne seront autorisés
à passer le bac à sa place. Ils doivent donc se résoudre
à le quitter devant le centre d'examen, il est alors assailli de
baisers sonores et noyé de larmes. Mille prières l'accompagnent,
mille recommandations et mille mots supposés apaisants qui accentuent
sa panique.
Panique
Pourtant,
ces parents ont été candidats, eux aussi, toute la terminale
durant, comme ces futurs pères qui se sentent enceints
dans la clinique d'accouchement, ils ont l'impression de n'avoir jamais
rien fait d'autre que potasser le bac.
Le candidat est une catégorie humaine à part. En fait, dès
sa naissance, il est candidat. Dix-huit ans de candidature ponctués
par d'obsédants quand tu auras ton bac
.
Et bien que le bac ait beaucoup perdu de son prestige et de sa solennité,
bien que chez nous il ne soit plus une clé pour l'avenir, c'est
un seuil psychologique et social majeur. Un candidat est un homme virtuel,
un bachelier est un homme réel. Du moins il est censé le
devenir très vite puisque, à l'université, deux mois
plus tard, il sera pratiquement son propre maître, responsable de
ses présences et de ses absences.
Mais on n'en est pas encore là. Pour l'instant, depuis le brevet,
que peu d'élèves passent encore, il n'a jamais été
exposé au jugement indépendant d'une personne inconnue.
Même si le bac marocain a été segmenté et réparti
sur 3 ans, la terminale reste l'année du doute. Cette dernière
année d'enfance insouciante est marquée par une angoisse
qui enfle, légère et diffuse au premier trimestre, elle
devient chronique au deuxième, pour devenir aiguë, une semaine
avant le jour de vérité.
Doute
La déprime
peut commencer là. Oubliées, la désinvolture, l'insouciance,
la fausse assurance de l'homme qui va subir un rite initiatique et qui
s'en targue. Les paresseux sont généralement moins angoissés.
Ils attendent l'épreuve avec un air vague d'ennui. Ceux qui se
sont acharnés au travail ne fanfaronnent plus autant qu'en octobre,
ceux qui n'ont pas le courage d'être paresseux ont ostensiblement
préparé l'examen, comme ça, en cas de pépin,
la maman héroïque pourra toujours hululer: "J'ai exigé
de voir sa copie de mathématiques, personne n'a voulu m'écouter,
d'ailleurs, il n'y a personne à qui parler, parce que je lui ai
fait prendre des cours de soutien, alors que mon fils rate l'épreuve
de maths, je n'en crois pas un mot, même moi, je la réussirais
cette épreuve". Ce qu'elle ne dit pas, c'est que la veille,
elle a été prier sur la tombe de Sidi Mbarek.
Mais on n'en est pas encore réduit à cette indignation maternelle
strictement destinée à amortir le choc en évacuant
des fulminations sanglantes. Le bac est facile à avoir, vos enfants
l'auront dans un peu plus d'un mois. Vous pourrez enfin respirer et même
aller en vacances avant d'être happés sans scaphandre par
le tourbillon des inscriptions, des documents administratifs et des ultimes
changements dans les projets de carrière et de vocation du bachelier
indécis.
Vigilance
Comment
les parents de candidats peuvent-ils survivre?
Il y a des conseils réservés aux parents, d'autres aux candidats.
Pour les parents, un seul conseil, rester vigilant sans insister lourdement,
pour ne pas tout mettre par terre par une fébrilité communicative
qui deviendrait panique.
Pour les futurs bacheliers qui veulent dépasser le stress du bac,
il n'y a qu'une solution: il faut travailler dur toute l'année.
Le reste n'est qu'un appoint, il concerne essentiellement la nourriture,
le sommeil, l'hygiène de vie. Il s'agit de ne pas arriver le jour
de l'examen à l'état de cadavre.
Pour le sommeil, les avis divergent. Il y a deux écoles foncièrement
opposées. Doit-on se mettre au lit plus tôt que d'habitude
pour parvenir à trouver le sommeil plus tôt? Faut-il essayer
de faire comme si de rien n'était et regarder un bon film avant
d'aller dormir?
Pour la nourriture, il n'y a pas trop de problèmes, le candidat
a généralement l'estomac hermétiquement bouché.
Alors il faut prendre de l'énergie, donc du sucre. Si les candidats
sont issus de milieux qui peuvent supporter une dépense exceptionnelle
ce jour-là, ils peuvent s'offrir du chocolat, des fruits secs et
autres vitamines à effet rapide. Au réveil.
Stress
Les gens
modernes" font boire du lait de poule à leur progéniture
en ce matin délicat. Le lait de poule n'est pas sorti du pis de
la poule. C'est un mélange réputé nourrissant et
il est facile à avaler. Deux ufs cassés dans un verre
de lait que l'on sucre d'une bonne cuillerée de miel. Le phosphore
connu pour fortifier les méninges n'est utile que si on le prend
pendant les révisions et sur avis du médecin.
Il y a des foyers où l'on ressort du débarras tous les vieux
réveils pour les régler sur 6 H du matin, il y a ceux qui
ne dorment pas et il y a ceux qui n'ont pas de réveil. Jour J,
7 H 30. Le candidat est beau comme un camion, habillé, coiffé,
parfumé, repu et prêt à affronter le dragon. Il doit
vérifier qu'il a sa convocation, sa pièce d'identité
et sa trousse. C'est généralement à ce moment-là
qu'il se rappelle qu'il a oublié le nom de la bataille de Oued
El Makhazine et se dit que c'est peut-être Anoual, il est sûr
que la Suisse est le premier pays producteur de pétrole du monde
et que Bakou est la capitale de l'horlogerie. Pas de panique. Tant qu'on
se rend au bon centre d'examen et que tous les réveils de la maison
ne retardaient pas d'une heure, on a les mêmes chances d'avoir ce
foutu bac que le voisin qui est persuadé que Sanaa est la capitale
du Tchad et que Hailé Sélassié est un copain de Bob
Marley.
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